Pagepsy, le blog

C. Montluc, psychologue

Lecture et dépendance ?

      Les addictions positives, qui n’en a pas entendu parler ? Prenons l’addiction au sport par exemple, H. Murakami décrivait dans son livre « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond  » comment il s’était défait de sa dépendance à la cigarette par la pratique intensive du sport… Pratique-plaisir qui peu à peu s’était transformée en impérieux besoin.

Ces addictions dites « positives » bénéficient certes d’une image sociale valorisée mais restent des addictions, avec leurs dangers et les souffrance associées, et ce dès lors que l’être se tourne tout entier vers la satisfaction d’un besoin, besoin qui va peu à peu envahir et réduire le champ social de la personne qui s’y adonne.

Lecture et dépendance ? 

Un phénomène récent semble parcourir le net, mais cette fois ce sont des lecteurs* qui, laissant leurs témoignages sur de nombreux blogs et réseaux sociaux, s’auto-proclament ici lecteurs « compulsifs »* ou là, « bookaholics »* et engagent avec d’autres lecteurs des conversations autour des effets dévastateurs sur leur vie sociale de leur « dévorante » passion des livres.

C.M. Dominguez, dans son roman « La Maison de papier » (2004) nous conte aussi cette histoire fictive d’un lecteur passionné qui ne trouve d’autres moyens pour tenter d’échapper à sa dévorante passion des livres que de l’habiter directement plutôt que de se laisser habiter par elle et se fait bâtir une maison…. en briques de livres ! Mais cela, n’est que fiction, bien sûr.

Pourtant on se demande qui sont ces lecteurs « compulsifs » bien réels cette fois, lecteurs qui croyant que le livre dé-livre, se trouvent bientôt enchaînés à leur belle passion Que cherchent-ils dans cette frénétique lecture ? Pourquoi ceux là adopteraient un comportement proche de l’addiction tandis que pour d’autres grands lecteurs, les livres continueraient d’être comme autant de fenêtres ouvertes sur la vie, pour mieux voir, pour mieux embrasser et comprendre le monde ? Grands lecteurs, agis essentiellement par la recherche du plaisir, ou « bookaholics » agis par des motivations parfois tout autres… la frontière entre la passion et les comportements addictifs semble parfois ténue et si une conduite passionnée peut se transformer, sous certaines conditions, en dépendance, il faut cependant souligner que toute passion n’est pas destinée à devenir aliénante.

Le « normal » et le « pathologique »

Interroger avec discernement les catégories du « normal » et du « pathologique » est une nécessité et une exigence si l’on veut ne pas sombrer dans la stigmatisation des comportements.

Valleur M. et Matysiak J.C. ont déjà souligné que « le contraire de l’addiction n’est pas la liberté mais le fait de vivre plusieurs formes de dépendance, dont la variété et la multiplicité sont la meilleure protection contre l’enfermement aliénant envers l’objet unique. ». Il y aurait addiction dès lors que la conduite envahit toute la vie du sujet, centre la vie du sujet et le définit aux dépens de toute vie sociale ou affective. Cette idée est partagée par G. Darcourt (1997), pour lequel ce qui caractérise la dépendance pathologique et ses mécanismes massifs et rigides, est qu’elle « concerne un objet exclusif alors que la normale en concerne beaucoup ».

Article à suivre  « Lecture et dépendance – quel apport à la pratique psychothérapeutique ? »

Catherine Montluc

* Un grand merci à tous les lecteurs qui ont participé à cette recherche sur les lecteurs « compulsifs ». Pour plus de précisions quant à ces résultats, merci de me contacter directement.

Aller sur le site dédié aux consultations enfants, adultes, souffrance au travail et risques psychosociaux

Publicités

mars 5, 2012 Posted by | Addictions | , , , , , , , | 3 commentaires

Lecture et dépendance – Quel apport pour la pratique psychothérapeutique ?

(suite de l’article « Lecture et dépendance ? » ) 

Lecture et fonction « auto-thérapeutique » 

Pour ces lecteurs qui se disent « compulsifs« *, force est de constater, soulignons-le d’abord, que la lecture ne relève pas d’une addiction, ni même d’une addiction positive. Elle aurait cependant pour eux une fonction positive, « auto-thérapeutique », située sur un versant adaptatif, leur permettant le maintien d’un équilibre psychique interne. La spécificité des lecteurs se disant « compulsifs », tiendrait  essentiellement dans la façon qu’ils auraient d’investir et d’expérimenter l’acte de lire.*

Soulignons aussi que cette absence d’addiction à la lecture, semble partiellement tenir aux caractéristiques propres de la lecture.La lecture, de par sa nature même, serait « résistante » au développement de comportement d’addiction. Elle ne présente notamment pas cette qualité première d’objet extérieur « maîtrisable » auquel les personnes souffrant d’addiction recourent généralement. L’incomplétude du texte qui appelle la créativité du lecteur et l’impossibilité pour le lecteur de se saisir du récit intégralement et immédiatement en un unique mouvement, semblent en particulier, exclure la lecture du champ possible des addictions.

Un apport pour la pratique psychothérapeutique 

Ces lecteurs nous enseignent surtout qu’il serait possible de considérer l’apport, en pratique psychothérapeutique, d’un travail de lecture autour de romans, complémentaire celui-là, du travail de narration encouragée par l’entretien thérapeutique et permettant aux patients d’accéder à une identité narrative, de s’inscrire dans une temporalité ayant un sens et une intelligibilité et d’accéder à des changements de représentations de soi et du monde.  

Catherine Montluc

* Un grand merci à tous les lecteurs qui ont participé à cette recherche sur les lecteurs « compulsifs ». Pour plus de précisions quant à ces résultats, merci de me contacter, coordonnées sur http://psychologueparis15e.com

mars 5, 2012 Posted by | Addictions | , , , , , , , , , | 2 commentaires