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C. Montluc, psychologue

Une rupture migratoire « toujours marquante »

« Éloignés du lieu de leurs ancrages narcissiques et de leurs repères symboliques, coupés des parfums et des saveurs du pays natal, ils [ces personnes que l’on nomme les immigrés] se retrouvent dans un contexte qui n’est plus soutenu par du familier. Ce déplacement vient réactiver les blessures infantiles et rendre plus lancinante la séparation d’avec l’objet du désir ; d’où parfois pour certains le vécu dépressif...»  Stitou R., 1997 

Sur la rupture migratoire, D. Calin souligne aussi (2003) qu’elle est toujours marquante, en sa forme radicale de changement de positionnement social. Les projections fantasmatiques sur les conditions d’arrivée et de vie dans le pays d’accueil sont souvent éloignées de la réalité, et les désillusions, souvent brutales. Cette rupture générerait chez nombre de migrants une crise identitaire, lancinante ou aiguë, et indirectement aussi, chez leurs descendants.

Acteurs de la rupture avec le groupe d’appartenance, les parents auraient parfois, comme l’indique E. Rude Antoine (2001) «un fantasme d’illégitimité».  Quand la recomposition identitaire est difficile pour des parents qui se sentent parfois blessés par la migration, l’élaboration identitaire des enfants pourrait aussi être entravée, ceci étant accentué par le vécu de dévalorisation parentale. Ces enfants se présenteraient alors souvent comme des victimes de leur histoire, avec parfois des sentiments de honte, d’humiliation ou des tendances auto-destructrices. E. Rude Antoine (2001) indique aussi que les récits de ces enfants montrent « une culpabilité en lien avec l’histoire que les parents portent et dont ils sont héritiers, notamment le sentiment d’une double faute, celle liée à l’acte d’émigrer et celle de la communauté d’origine qui les a laissés partir. »

Cette question nous permet d’insister sur l’importance d’un travail sur le transgénérationnel en séance avec les patients et plus encore avec ceux ayant dans leur histoire ou dans celles de leurs parents ou grands parents un vécu de rupture migratoire. Ceci dans le but d’aider au déploiement chez les patients d’une identité narrative ayant un sens et  une temporalité.

Catherine Montluc, Psychologue Paris 15e

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janvier 7, 2013 Posted by | identité narrative, migration, Uncategorized | , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

« L’enfant de remplacement » et le sentiment paradoxal de culpabilité

Tout enfant né après la mort d’un aîné n’est pas un « enfant de remplacement ».  M. Hanus précise qu’il ne serait son « remplaçant » « que dans la mesure où ses parents, sa mère n’ont pas pu en faire le deuil. Cet enfant de remplacement sans véritable place personnelle devient un objet de deuil. Il est amené à la vie dans le deuil, pour le deuil de ceux qui l’ont procréé à défaut de pouvoir en effectuer eux-mêmes le travail ».  Cet enfant de remplacement, » investi des fantasmes projetés par les parents sur l’enfant décédé, serait à cet égard toujours en défaut, l’enfant perdu et remplacé étant toujours idéalisé ».

Il apparaîtrait alors comme « l’objet fétichique de la mère, étant là pour porter le deuil de celui qui était avant lui et en faire le travail. Il est l’enfant d’une mère endeuillée d’un enfant. » (A. Sabbadini).

Comme l’a indiqué M. Porot, cet enfant, né dans une atmosphère de deuil non liquidé , identifié au mort dont on lui attribue la place, n’aurait pas le droit d’être lui-même et vivrait un sentiment de culpabilité paradoxal. Condamné à un non-être ou condamné à l’identique, auquel il lui serait difficile d’échapper, il souffrirait d’un sentiment de confusion de l’identité de soi.

Plus loin M. Porot (1996) indique encore que dans la survie de cet enfant, il y aurait comme une désignation. A propos de V. Van Gogh, célèbre « enfant de remplacement », V. Forrester décrit ce « frère mort dont il pense être, au mieux, le remplaçant, au pire, le meurtrier », « usurpant une place dans le monde des vivants ».

Si les parents se sentent coupables, voire tyrannisés par la culpabilité envers l’enfant perdu, ce deuil engendre aussi pour l’enfant de remplacement un sentiment paradoxal de culpabilité du survivant .

Catherine Montluc, Psychologue Paris 15e

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mai 23, 2012 Posted by | Travail avec les enfants, Uncategorized | , , , , , , , | 2 commentaires