Pagepsy, le blog

C. Montluc, psychologue

Enfant de remplacement et travail de deuil

M. Porot dans son livre « L’enfant de remplacement » (1993), nous invite par un détour en littérature à mieux saisir la problématique si singulière de l’enfant de remplacement.  Il y cite un poème intitulé « Le Revenant », où Victor Hugo (« Contemplations »,1843)  se fait l’écho d’une mère qui, venant à nouveau d’enfanter après avoir perdu un premier enfant, poursuit son dialogue avec l’enfant mort :

« Elle entendit, avec une voix bien connue,

Le nouveau né parler dans l’ombre entre ses bras

Et tout bas murmurer : C’est moi. Ne le dis pas. » 

Et de préciser que si certains de ces enfants de remplacement parviennent à  surmonter ce handicap de départ –  notamment une atmosphère de deuil non accepté, l’identification au mort dont on leur attribue la place  et un sentiment de culpabilité paradoxal – d’autres enfants de remplacement, dans leur désir légitime d’exister par eux-mêmes, « seront amenés, inconsciemment à sortir des normes, (…) pour se démarquer du petit mort toujours trop vivant».   

Pour être soi-même et surmonter l’affirmation de parents qui ont désigné avant sa naissance cet enfant de remplacement par un « tu es le mort », il lui faudrait ainsi pouvoir « tuer le mort » (A. Couvez).  Cette formule, par nature certes cinglante, a le mérite d’insister sur la nécessité d’ accompagner les familles concernées dans leur travail de deuil pour que l’enfant vivant puisse accéder à une identité de soi.

Catherine Montluc, Psychologue 75015

Voir un précédent article sur l’enfant de remplacement

février 25, 2013 Posted by | Travail avec les enfants | , , , , , | Laisser un commentaire

Journées d’étude : attachement et séparation

Puisque nous avons récemment publié un billet sur le concept de transparence psychique de Monique Bydlowski*, nous signalons sa présence lors des journées d’étude consacrées à  l’attachement et la séparation entre le bébé et sa mère.

Ces journées sont organisées par les Séminaires Psychanalytiques de Paris, les 11 et 12 avril prochains

Catherine Montluc, Psychologue 75015

 « La dette de vie. Itinéraire psychanalytique de la maternité. » 

janvier 31, 2013 Posted by | Actualités, actualités séminaires, femmes | , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

V. Frankl : « Vivre comme si c’était la seconde fois »

Pour mieux comprendre l’approche de V. Frankl, on peut s’arrêter sur cette citation tirée de son livre « Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie » :

 » L’importance de la responsabilité se reflète dans ce défi (…) : vivre comme si c’était la seconde foisIl me semble que rien ne saurait davantage stimuler le sens des responsabilités que cette maxime. (…) On se trouve ainsi confronté tant au caractère limité de la vie qu’au caractère irrévocable de ce qu’on fait de sa vie et de soi- même. »

Rappelons que V. Frankl a enseigné la logothérapie dans plusieurs  universités, notamment aux USA, à Harvard, San Diego, Stanford … et que, rescapé des camps de concentration nazis, il s’est intéressé à cette quête du sens de la vie, selon lui, centrale chez l’homme.

En savoir plus sur Victor E. Frankl en lisant un précédent article de pagepsy ou cet autre

Catherine Montluc, Psychologue 75015

 

janvier 31, 2013 Posted by | Au coin du feu - Livres, Citations, Uncategorized | , , , , , | Laisser un commentaire

Victor E. Frankl, une tension inhérente à l’être humain

 Victor E. Frankl* :

 » la santé mentale est fondée sur un certain degré de tension entre ce que nous avons déjà réalisé et ce qui nous reste à réaliser ou sur la différence entre ce qu’on est et ce qu’on devrait être. Cette tension étant inhérente à l’être humain et donc indispensable à sa santé mentale, on ne devrait pas hésiter à le confronter avec le sens de sa vie. Ainsi, ce sens passera chez lui d’un état subconscient à un état conscient. A mon  avis, il est risqué de croire que la santé mentale dépend avant tout d’un équilibre intérieur dénué de toute tension. Ce dont l’humain a besoin, ce n’est pas de vivre sans tension  » …  » Il a besoin, non de se libérer de sa tension, mais plutôt de se sentir appelé à accomplir quelque chose. « 

Et de préciser le rôle du thérapeute et ses exigences :

« Donc, si le thérapeute veut renforcer la santé mentale de son client, il ne doit pas craindre de créer en lui une tension lorsqu’il essaie de l’orienter vers la recherche d’un but à atteindre. »

En savoir plus sur Victor E. Frankl en lisant un précédent article de pagepsy

Catherine Montluc, Psychologue 75015

« Decouvrir un sens à sa vie avec  la logotjérapie  » V. E. Frankl

janvier 28, 2013 Posted by | Au coin du feu - Livres, Citations, thérapie, Uncategorized | , , , , , , , | 2 commentaires

Une rupture migratoire « toujours marquante »

« Éloignés du lieu de leurs ancrages narcissiques et de leurs repères symboliques, coupés des parfums et des saveurs du pays natal, ils [ces personnes que l’on nomme les immigrés] se retrouvent dans un contexte qui n’est plus soutenu par du familier. Ce déplacement vient réactiver les blessures infantiles et rendre plus lancinante la séparation d’avec l’objet du désir ; d’où parfois pour certains le vécu dépressif...»  Stitou R., 1997 

Sur la rupture migratoire, D. Calin souligne aussi (2003) qu’elle est toujours marquante, en sa forme radicale de changement de positionnement social. Les projections fantasmatiques sur les conditions d’arrivée et de vie dans le pays d’accueil sont souvent éloignées de la réalité, et les désillusions, souvent brutales. Cette rupture générerait chez nombre de migrants une crise identitaire, lancinante ou aiguë, et indirectement aussi, chez leurs descendants.

Acteurs de la rupture avec le groupe d’appartenance, les parents auraient parfois, comme l’indique E. Rude Antoine (2001) «un fantasme d’illégitimité».  Quand la recomposition identitaire est difficile pour des parents qui se sentent parfois blessés par la migration, l’élaboration identitaire des enfants pourrait aussi être entravée, ceci étant accentué par le vécu de dévalorisation parentale. Ces enfants se présenteraient alors souvent comme des victimes de leur histoire, avec parfois des sentiments de honte, d’humiliation ou des tendances auto-destructrices. E. Rude Antoine (2001) indique aussi que les récits de ces enfants montrent « une culpabilité en lien avec l’histoire que les parents portent et dont ils sont héritiers, notamment le sentiment d’une double faute, celle liée à l’acte d’émigrer et celle de la communauté d’origine qui les a laissés partir. »

Cette question nous permet d’insister sur l’importance d’un travail sur le transgénérationnel en séance avec les patients et plus encore avec ceux ayant dans leur histoire ou dans celles de leurs parents ou grands parents un vécu de rupture migratoire. Ceci dans le but d’aider au déploiement chez les patients d’une identité narrative ayant un sens et  une temporalité.

Catherine Montluc, Psychologue Paris 15e

janvier 7, 2013 Posted by | identité narrative, migration, Uncategorized | , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Rencontre : Christophe André / Damien Le Guay

Puisque que mon dernier billet évoquait le livre récemment paru de Damien Le Guay, je signale aussi la rencontre organisée ce mardi par le FUDOP, forum universitaire de l’Ouest Parisien : D. Le Guay dirigera le débat en présence de Christophe André, invité à l’occasion de la parution de  son dernier ouvrage… Bonne rencontre !

Rencontre-débat exceptionnelle avec Christophe ANDRÉ, Psychiatre, auteur de “Méditer, jour après jour”, “Sérénité, 25 histoires d’équilibre intérieur”, “Imparfaits, libres et heureux, pratiques de l’estime de soi”…

mardi 20 novembre, de 12h30 à 13h15 sur
“COMMENT MIEUX VIVRE AVEC SOI-MÊME ET AVEC LES AUTRES”.
Une leçon de sagesse au plus près du quotidien.

Le débat sera dirigé par Damien Le GUAY, philosophe, essayiste, maître de conférences à HEC et collaborateur au Figaro Magazine
Espace Landowski, 28 avenue André Morizet, 92100 Boulogne
Entrée 5€ – gratuit pour le personnel de la Ville et pour les adhérents au FUDOP

Christophe André signera son dernier ouvrage.

On s’en reparle …

Catherine Montluc, Psychologue 75015

 

novembre 17, 2012 Posted by | Actualités, Au coin du feu - Livres | , , , , | Laisser un commentaire

Effacement et deuil, monde virtuel et monde réel

Damien Le Guay* est philosophe et vice Président du Comité national d’éthique du funéraire. Dans son dernier livre, paru en octobre 2012 aux Editions du Cerf, « la Mort en cendres », il livre une réflexion pertinente sur notre statut post mortem et sur la façon dont notre humanité regarde ses morts, à partir du constat de l’augmentation du nombre de crémations aujourd’hui en France.

La crémation concernerait 30% des décès et pourrait atteindre 50% d’ici peu. Un choix qui répondrait majoritairement aux soucis de « ne pas encombrer ses proches, ni polluer les paysages « . Un choix à la symbolique très pauvre : « le degré zéro des obsèques », et qui en dirait long sur notre humanité.

« Mon hypothèse, écrit-il*, est qu’il y a, de nos jours, un lien direct entre cette crémation et l’inhospitalité du « monde commun » décrit par Hannah Arendt. Les individus se pensent, de leur vivant , en surnombre au point d’accepter, une fois morts, de finir en  » déchets ultimes ».  » 

Nous serions condamnés à vouloir laisser de moins en moins de traces de notre vie, de notre passage sur terre.« Nous sommes, écrit il*, tous devenus ces Indiens des westerns qui, derrière eux, effacent le passage de leurs routes et donc d’eux-mêmes. »  La nouvelle peur serait celle « d’être visible », il y aurait « un souci presque comminatoire d’invisibilité« .

Fin observateur du monde actuel, il ajoute : «  Paradoxalement, les réseaux sociaux seraient une manière de laisser des traces dans le monde virtuel quand il est difficile d’en laisser dans le monde réel », et ce d’autant que sur la toile il n’est aucune trace mortuaire, ni tombes, ni cimetières… ceux là même appelés peut être à disparaître du monde réel si le choix de la crémation devenait celui de chacun… celui de tous.

L’une de nos missions, en tant que psychologue, consiste à accompagner les personnes endeuillées dans un nécessaire et toujours douloureux travail de deuil. Cette réflexion de D. Le Guay a le mérite de souligner l’enjeu d’une mutation en cours face à ces nouveaux paysages funéraires qui va de pair avec une certaine dynamique –  pour ne pas dire tyrannie – de l’ effacement, certes délétère mais qu’il s’agit surtout aujourd’hui de prendre en considération dans nos interventions.

* article paru dans Libération le 1er novembre 2012  » Une mort détraquée … comme la vie »  

Catherine Montluc, Psychologue 75015

novembre 16, 2012 Posted by | Actualités, Au coin du feu - Livres, deuil, Uncategorized | , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

La transparence psychique, M. Bydlowski

« La grossesse est le moment d’un état psychique particulier, un état de susceptibilité ou de transparence psychique où des fragments de l’inconscient viennent à la conscience . »  C’est ainsi que Monique Bydlowski dans « La dette de vie. Itinéraire psychanalytique de la maternité. »  décrit l’état de transparence psychique de la femme enceinte.

Elle ajoute aussi que cette grossesse, occasion d’une « crise mâturative, contient sa propre capacité évolutive et contribue au processus de formation d’une identité nouvelle« .

Cet état de transparence psychique décrirait « à la fois un état relationnel particulier – d appel à l’aide latent et quasi permanent  – et une corrélation entre la situation de gestation actuelle et les remémorations infantiles » qui irait « de soi sans soulever de résistance ».

Ce billet n’a d’autre ambition que d’inciter ceux qui accueillent et proposent une relation d’aide à des femmes enceinte à lire ou à relire encore une fois ce texte tant le concept de transparence psychique ouvre les possibilités d’un travail riche et sans cesse renouvelé et créatif avec ces patientes. 

Catherine Montluc, psychologue Paris 15

Aller sur le site dédié aux consultations enfants, adultes, souffrance au travail et risques psychosociaux : Psychologue 75015

octobre 23, 2012 Posted by | Au coin du feu - Livres, Citations, concepts et pratique, femmes, Uncategorized | , , , , , , , , , , , , | 4 commentaires

« Les séparations, Victoires et Catastrophes »

A lire dans le dernier numéro de Carnet Psy (juillet/aout 2012), les actes du colloque « Les séparations, Victoires et Catastrophes » du 15 octobre 2011 organisé par Catherine Chabert et le LPCP de l’Université Paris Descartes (1ère partie).

Lire à ce sujet l’article de pagepsy d’octobre 2011,

Consulter le site de la revue Carnet Psy

 

Catherine Montluc, Psychologue 75015

juillet 8, 2012 Posted by | actualités séminaires, Au coin du feu - Livres | , , , , , | Laisser un commentaire

Autisme et ethnopsychiatrie

Dans « Thérapeutiques » (2002), T. Nathan s’est intéressé à l’autisme et à la difficulté d’accès de ces enfants au langage verbal. Il a souligné « un grave malentendu » entre l’Occident et l’Afrique  : « les gens de là bas », écrit-il,  « pensent que certains enfants qui ne parlent pas ont ce comportement de manière intentionnelle, alors que nous pensons qu’ils souffrent d’une grave perturbation « .

T. Nathan précise ainsi par exemple que pour l’ethnie Soninké au Mali, ces enfants sont nommés « Wallibou » qui signifie «  Saint (de retour) », ailleurs, chez les Serer au Sénégal, on les appelle « O Kin O Pajer » : « qui part et qui revient », chez les Yorubas (Bénin- Nigéria), ils sont les « Abikus », les « morts renés ».

Ces théories traditionnelles indiquent que ces enfants seraient en lien avec les ancêtres de leur groupe avec lesquels ils continueraient à entretenir des relations bien après leur naissance.

Ces théories présentent en tous cas l’avantage de percevoir ces enfants à partir d’éléments positifs : On ne dit pas que ces enfants ne parlent pas ou qu’ils refusent la relation, mais qu’ils continuent à dialoguer avec les ancêtres. Le silence de l’enfant est interprété comme une conversation avec des êtres invisibles, signe d’une connaissance sur le monde quasiment innée ; le refus du langage serait un refus d’abandonner la langue des ancêtres ; les jeux stéréotypiques de ces enfants seraient alors perçus comme des messages sans cesse répétés jusqu’à ce qu’ils soient correctement interprétés par leur destinataire….

On peut voir dans la littérature occidentale actuelle évoquer cette nécessité face à l’enfant autiste de comprendre son univers, de le pénétrer, et finalement de reconnaître l’enfant autiste non sous l’angle d’un déficit mais d’une spécificité.

Et, T. Nathan de conclure qu’ « il s’agirait de convaincre l’autiste que le monde des humains n’est pas aussi hostile qu’il le parait. ».

Qu’on y adhère ou non, cette approche nous a paru mériter d’être citée notamment parce qu’elle prend le parti de souligner d’abord une nature spécifique de l’enfant présentant un TED et non pas un versant déficitaire.

Catherine Montluc,

Psychologue Paris 15, Psychologue 75015

juillet 2, 2012 Posted by | Autisme, Autisme TED, TED, Travail avec les enfants | , , , , , , , | Laisser un commentaire