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C. Montluc, psychologue

En séance avec un enfant – travail autour d’un médiateur

Les médiateurs peuvent être des outils précieux dans la relation thérapeutique avec l’enfant, comme le montre cet extrait d’une séance de travail avec un enfant, présentant un TED  et commençant tout juste à accéder au langage verbal.

En cours de séance, l’enfant s’était assis par terre. Nous nous étions installée près de lui. Il jouait avec les petits wagons d’un train,  les accrochait avec minutie les uns aux autres et se saisissait même de quelques figurines qu’il installait dans les wagons.

Mais au cours d’une de ces manipulations, l’enfant tira trop vivement sur l’un des wagons du train, qui se détacha. L’enfant nous tendit alors l’objet et articula, dans un souffle court, le mot « cassé ».

C’est la première fois que l’enfant prononçait en séance un mot autre que « papa », « maman » ou des quelques chiffres qu’il répétait en série.

L’événement ne tenait pas seulement au nouveau vocable prononcé par l’enfant et à sa pertinence en contexte mais aussi à son sens si particulier puisque une des problématiques majeures de cet enfant semblait être celle des processus de déliaison, des peurs et angoisses de discontinuité, de rupture, de désintégration.

Le travail a consisté à se saisir concrètement de l’occasion pour montrer à l’enfant comment réassembler l’objet « cassé ». Il s’agissait de retenir l’attention de l’enfant suffisamment pour que le train cassé, objet « décevant » ne soit pas purement et simplement annulé par l’enfant. Il s’agissait d’amener l’enfant à percevoir la possibilité de lui redonner forme, de réparer, d’anticiper une possibilité pour l’objet d’être à nouveau assemblé et entier. Il s’agissait aussi d’introduire lors de cette séance par la verbalisation devant l’enfant, la possibilité d’une nuance : ainsi partant du qualificatif  « cassé », on choisit d’énoncer devant l’enfant ceux de « détaché »ou de « décroché ». L’idée était de tenter de proposer une autre forme de discontinuité qui, celle là, pourrait être acceptable pour cet enfant.

Via ce médiateur, on a ainsi pu travailler avec l’enfant très concrètement en l’aidant à « recoller » les morceaux du train, tout en s’appuyant sur cette caractéristique des médiateurs d’être à mi-chemin entre réalité externe et réalité interne. Ce travail a ainsi fonctionné comme une métaphore d’ une possibilité de liaison entre deux parties séparées, encourageant l’enfant à chercher, face à cette forme de frustration vécue dans la réalité externe, un remède dans un recours à un processus de mentalisation.

Quelques séances plus tard, l’enfant nous tendant un objet, prononça à nouveau le mot « cassé », attendant visiblement une nouvelle réparation.

Catherine Montluc, Psychologue Paris 15e

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mai 5, 2012 Posted by | Autisme TED, Travail avec les enfants | , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Penser les conduites addictives

Les approches psychanalytiques indiquent que les addictions seraient une « recherche d’un apport externe dont le sujet a besoin pour son équilibre et qu’il ne peut pas trouver au niveau de ses ressources internes » et une « tentative de maitrise d’un objet externe » (Jeammet P., 1997). Ou encore que la conduite addictive, qui se présente souvent comme une quête d’affranchissement de la dépendance affective, s’appuierait sur des « troubles de l’identification et des relations d’objet qui entraîneraient une dépendance aux objets externes » (P. Gutton, 1997).

O. Taïeb et al. (2008) en s’appuyant sur les travaux de P. Jeammet (1997) et de A. Green (1990) ont encore précisé que l’objet d’addiction serait toujours extérieur, toujours à la disposition du sujet dans une relation d’emprise réciproque et servirait de pare-excitations et d’enveloppe protectrice, évitant au sujet à la fois des angoisses de perte et des angoisses d’intrusion.

Ces éléments permettent de mieux penser les patients souffrant d’addictions et de proposer des pistes pour une prise en charge thérapeutique adaptée, répondant aux problématiques spécifiques du sujet avec addiction. Ils permettent en même temps de penser une importante spécificité de la relation thérapeutique avec ces patients.

Catherine Montluc, Psychologue Paris 15e

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avril 21, 2012 Posted by | Addictions, Uncategorized | , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Les vertus du roman – bibliothérapie

Le Pr Lejoyeux M. (2007) a déjà vanté les vertus du roman :  : « Je crois (…) au pouvoir psychothérapique et libérateur des gros romans (…) Ils pèsent sur nos bras et allègent notre esprit (…) Nous lisons notre histoire en croyant suivre une aventure extérieure. Stendhal écrivait déjà qu’un roman est (…) « un miroir que l’on promène le long d’un chemin » (…) Les romans (…) nous libèrent de nos émotions du moment (…), nous apaisent en changeant la thématique de nos angoisses. Ils nous sèvrent d’un présent que nous ne savons pas toujours comment fuir. ».

A. Memmi a également proposé ce développement intéressant sur le thème de la littérature: « L’art (…) nous propose un substitut magnificient de nos existences… réponse idéelle à des difficultés réelles ou imaginaires. C’est évident dans les œuvres de littérature à cause de leur forme discursive (…). Lorsque l’écriture fut inventée (…) ce n’était d’abord qu’un outil» écrit-il « on s’avisa de ses extraordinaires possibilités d’expression, de fixation, de transmission de l’ensemble de l’expérience humaine : on passa de l’écriture à la littérature.(…) La littérature est une vie rêvée selon les désirs de l’auteur et ceux du lecteur.»

Outre ces réponses à des difficultés quotidiennes offertes par la lecture et un accès au désir et au rêve, cette citation insiste sur la capacité de transmission de l’expérience humaine par le livre. P. Quignard l’a évoqué lui aussi dans La Grande Librairie (2009) : « Dans la lecture il y a quelque chose qui perd l’identité... un effacement qui fait que, de livre en livre, quelque chose de l’expérience humaine se transmet », octroyant ainsi une place à la question de l’identité et nous donnant des clés pour penser un apport de la lecture, dans nos pratiques.

Catherine Montluc

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avril 3, 2012 Posted by | Uncategorized | , , , , , , , , , | Laisser un commentaire